COMPLET

STAGE DEBUTANT

Formateur : Yann Berriet

Date : Du 6 au 10 août 2018

Niveau: Tous niveaux , aucune expérience de théâtre n’est nécessaire. Idéal pour les improvisateurs débutants qui souhaitent s’appuyer sur des bases solides et progresser rapidement.

Connecter !

Dans le théâtre classique, le chemin de création est auteur-metteur en scène-comédien.
L’auteur écrit une oeuvre qu’il transmet au metteur en scène qui dirige le comédien.
En improvisation, même si en théorie on est à la fois auteur, metteur en scène et comédien, dans la pratique, l’on est souvent l’un puis l’autre. Voire seulement l’un selon notre profil de joueur. Et dans la plupart des cas, dû à une formation souvent imprégnée de match, on reprend le chemin du théâtre classique.
Nos auteurs réfléchissent la pièce pendant un caucus avant de monter sur scène jouer en tant que comédien.
Cela donne des débuts d’histoires peu crédibles, où les cerveaux essaient de se mettre d’accord sur une plate-forme de jeu sans ressenti.
Une «guerre des cerveaux» qui finit souvent par «je suis un pirate qui pêche, tu es un cosmonaute qui coupe du saucisson, allons pêcher du saucisson !».
Cela ne serait aucunement dérangeant si le jeu était senti, si le spectateur y voyait directement des personnages et non des improvisateurs souffrant dans leur construction.

L’idée serait d’inverser le sens.

Pourquoi faire du théâtre classique alors que nous faisons de l’improvisation théâtrale ?

Commençons par ressentir

Jouons avec nos réelles sensations.

Si on essaie de se laisser tomber, le corps aura toujours un réflexe pour rester debout. C’est pareil pour notre histoire. Si je rentre sans idée, simplement connecté à mon ressenti, le corps nous indiquera, discrètement ou pas, des chemins pour nos histoires. Des histoires crédibles, logiques, évidentes. Des histoires que le cerveau n’aura plus qu’à formuler sans essayer d’être lui-même responsable du génie de notre histoire. Il ne sera que le médium par lequel notre auteur intérieur s’exprimera.

Au final, en ne suivant que son comédien, on devient unique. On est touché et le public aussi. Comme par magie, l’auteur apparaît. Son message est spécifique mais il nous parle à tous. Il nous raconte un moment que personne jamais ne revivra. Alors que à l’inverse, il y a fort à parier que le pirate, le cosmonaute et le saucisson se reverront dans des centaines, des milliers d’années.

Il s’agit tout d’abord de pouvoir se connecter à soi. Comment je me sens?
J’ai chaud, j’ai froid, j’ai peur, je suis content.

Le ventre est comme un muscle. Au départ, après des années d’éducation qui nous ont surtout appris à réfléchir avec la tête, il nous est difficile de sentir puissamment ce que l’on ressent. Ce que l’on ressent a toujours été considéré comme honteux, une chose à cacher si l’on voulait pouvoir être intégré socialement.

Ici, pas de politesse. Acceptons ce que l’on ressent. Soyons à l’écoute de toutes ces petites émotions que nous laissons passer, que habituellement nous jugeons sans importance.

Se connecter à l’autre.

Comment je me sens face à l’autre ? Cet autre peut être une personne, un groupe, un objet. De par son altérité, il m’est différent, il m’est incontrôlable. Et pourtant c’est bien lui qui me nourrit. Sans personne autour de moi, je ne suis ni petit ni grand. C’est bien l’autre qui vient construire mon personnage.

Je dois l’écouter dans sa globalité, comprendre quel jeu il me propose, ce qu’il m’évoque, ce qui fera qu’avec lui ce ne sera pas comme avec un autre.
Connectons nos ventres. Arrêtons les argumentations, les débats sur «qui a le meilleur caucus».
Suivre ses énergies, ses logiques.

L’espace est énergie. La respiration est énergie. Tout devient énergie pour peu qu’on s’y attarde. Le cerveau est fort pour casser nos énergies, pour nous faire sentir bien dans une bulle de confort. Confort physique, social, etc.
Alors que nos envies, nos actions nous poussent vers d’autres énergies.
Apprenons à les suivre simplement, honnêtement. Ainsi en étant simple et logique, nous serons tous ensemble.
Alors que le cerveau nous aurait fait chercher le bon mot, la proposition complexe, toutes ses astuces qui nous feraient être au final assez seul.

Thèmes annexes

Ne donnez pas toutes les réponses (que vous n’avez pas)
Etre obligé d’écouter la conversation téléphonique des autres est énervant.
Pourquoi ça le serait plus que deux personnes qui discutent à côté de nous ?
Parce que nous sommes face à un « mi-logue », une conversation dont on ne capte que la moitié. Et c’est ingérable pour notre pauvre cerveau qui veut à tout prix créer la seconde partie du dialogue.

Quel rapport avec le théâtre ?

Concentrez-vous sur votre ressenti, ne donnez pas les réponses au public. Le public sera alors obligé de se poser des questions, de s’intéresser, d’être acteur de votre spectacle.
Cela vous déresponsabilisera de cette charge qui est rendre cohérent une histoire. Vous gagnerez en finesse car seul le public jugera votre personnage, vous vous contenterez de le vivre.

Cerveau gauche vs Cerveau droit

Même si le fonctionnement est bien plus complexe que cela, certains voient dans nos deux hémisphères deux modes de fonctionnement quant à notre approche du monde. L’hémisphère gauche serait plus analytique, conceptuel que le droit qui lui serait plus sensible, intuitif. En dessin, par exemple, un œil sera dessiné par l’hémisphère droit comme un cercle avec un rond noir au centre. Alors qu’en utilisant l’hémisphère gauche, on réalise qu’un œil n’est pas fait comme ça. Un œil est unique, il est plus ou moins ovale, plus ou moins blanc dans le fond, etc etc

En improvisation, il s’agirait d’utiliser notre cerveau sensible afin de ne pas tomber dans un catalogue de personnages, histoires déjà conceptualisés 1 000 fois. Et donc plutôt vivre l’instant unique, jouer avec la personne unique que l’on
a en face de soi. Unique car cette personne d’une seconde à une autre n’est déjà plus la même.

L’effet Koulechov

L’effet Koulechov désigne la propension d’un plan à influer sur le sens du plan qui lui succède dans le montage, avec en retour l’influence de ce plan sur le sens du précédent, une «contamination sémantique» à double direction.

L’expérience est ainsi décrite :
D’après le témoignage de Poudovkine, Koulechov choisit dans un film de Bauer trois gros plans assez neutres de l’acteur Ivan Mosjoukine, le regard porté vers le horschamp, qu’il monta avant trois plans représentant :

1) Une assiette de soupe sur une table.

2) Une jeune femme morte gisant dans un cercueil.

3) Une fillette en train de jouer.

Les spectateurs, écrit-il, admirèrent le jeu de Mosjoukine qui savait merveilleusement exprimer :

1. L’appétit.

2. La tristesse.

3. La tendresse…

Ce qui veut dire que le cerveau du spectateur crée du lien, projette sur vous ses émotions.

Conclusion : vous n’êtes pas responsable de votre histoire. Et c’est tant mieux !

Petit Bateau

Lorsqu’on travaille les émotions, le piège principal que notre cerveau nous propose est de jouer l’émotion sans la sentir. Le cerveau va puiser dans son catalogue d’émotions, en choisit une et nous met le masque correspondant.

Nous embarquons dans le paquebot : une émotion forte mais coupée complètement du réel, de nos sensations.

Or notre émotion n’est jamais la même, elle bouge en fonction de l’espace, du son, d’infimes informations.

Notre émotion doit être un petit bateau capable de voguer à gauche, à droite, accélérer et d’éviter l’Iceberg de l’histoire chiante.

Yann Berriet

Lancé dès 2000 dans l’aventure de l’improvisation, Yann Berriet a toutefois toujours cherché son inspiration et sa technique au sein de formations diverses. Du Cours Florent (sous la direction de Régine Menauge-Cendre) à l’Ecole Internationale Jacques Lecoq (sous la direction de Jos Houben et Christophe Marchand), les liens se créent, l’œil s’affine.
Il commence sa carrière de comédien en 2003 en Espagne au sein la compagnie d’improvisation Teatro Instantaneo. De retour en France, il intègre la compagnie Crache-Texte dont il prend la direction artistique quelques années plus tard.
Son travail continue de se nourrir de ses rencontres professionnelles, entre théâtre classique et clown : Jean-Yves Ruf, Ira Seidenstein, Avner Eisenberg, Gilles Defacque, Francis Albiero. Il intervient d’ailleurs ponctuellement au sein de la compagnie de ce dernier, Flex.
En parallèle de sa fonction au sein de la compagnie Crache-Texte, Yann Berriet est également directeur artistique de « La Semaine de l’Impro », festival international d’improvisation. Il crée également la compagnie Le Moujik afin d’assouvir sa passion pour Anton Tchekhov.